NOW 5, l’immobilier au Luxembourg est sorti

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La 5ème édition de notre magazine NOW est parue. Retrouvez dans cette dernière édition notre dossier sur ce que nous avons nommé ‘L’obession de la propriété’.

 

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Quel locataire ne s’est jamais entendu dire qu’il jetait son argent par les fenêtres en ne devenant pas  propriétaire aussi rapidement que possible ?

Le fait d’être propriétaire de son logement est en effet une réelle obsession dans le chef  des Luxembourgeois, mais aussi des Belges et des Français par exemple. Au Luxembourg,
la dernière étude sur le sujet, menée par l’Observatoire du logement en collaboration avec le LISER (Luxembourg Institute of Socio-Economic Research), estimait ainsi que 67 % des résidents luxembourgeois
étaient propriétaires. Un chiffre élevé en comparaison de l’Allemagne (45 %), mais en dessous de l’Espagne, du Portugal, de la Grèce et de l’Italie (plus de 71 %). La proportion de propriétaires de nationalité luxembourgeoise est bien plus importante que celle des résidents étrangers : seuls 14 % des résidents de nationalité luxembourgeoise sont en location, contre 50 % des résidents de nationalité étrangère. Là où locataires et propriétaires se rejoignent toutefois, c’est au regard de la fraction de leurs revenus dévolue au paiement du logement : 43 % des résidents consacrent ainsi plus de 40 % de leurs revenus à leur logement.

La longue histoire de la propriété 
Mais pourquoi sommes-nous tellement attachés à la propriété ? Il s’agit en réalité de la forme initiale du logement, qui a vu le jour avec la sédentarisation. Pour Yankel Fijalkow, auteur en 2011 de Sociologie du logement, la question ne se posait guère de la Grèce antique à la révolution industrielle : on habitait dans un logement qui nous appartenait. Après la révolution industrielle, le logement est devenu un bien monnayable. Des lotisseurs ont commencé à investir leur argent dans la brique, en inventant un nouveau statut, celui de locataire. L’histoire de la naissance du statut de locataire explique peut-être en partie pourquoi la location d’un logement n’est considérée, dans l’esprit des Luxembourgeois comme dans celui des citoyens de pays proches, que sous son angle financier le plus basique : il s’agit d’une perte financière sèche, qui profite seulement à d’autres personnes.

Une retraite plus paisible
L’accès à la propriété a également été promotionné durant de longues années par les pouvoirs publics, notamment en France, où le taux de propriétaires est comparable à celui du Luxembourg (62 %). Une série d’incitants, fiscaux notamment, ont ainsi été mis en place pour permettre au plus grand nombre de citoyens de devenir propriétaires de leur logement. Cette politique avait pour but de faire en sorte que les citoyens disposent d’un logement pour lequel ils ne doivent plus payer une fois leur retraite venue. Une idée qui semble bienvenue avec le rabotage progressif des pensions. Toutefois, de nombreux économistes
et sociologues soulèvent aujourd’hui, en France notamment, les effets néfastes d’une telle proportion de propriétaires dans un pays. Elle représenterait en effet un frein à la bonne marche globale de l’économie.

Louer pour réduire le chômage ?
Dans un article publié en octobre 2017, le journaliste et économiste français Jean-Marc Sylvestre pointait l’obsession française de la propriété comme un facteur aggravant le taux de chômage du pays.
Selon lui, « la famille qui est propriétaire hésitera à déménager pour changer de travail et même pour gagner mieux. Elle préférera rester là où elle habite. » Vu le coût de la mobilité aujourd’hui, la plupart des propriétaires déclineront les offres pour des emplois situés à une certaine distance de leur logement,
là où les locataires peuvent plus facilement déménager et accepter des postes plus rémunérateurs
ou mieux en phase avec leurs compétences. L’économiste Andrew Oswald, cité dans une note de la Direction générale du Trésor français qui traite précisément du lien entre chômage et propriété immobilière, ne dit pas autre chose. Il estime que la propriété réduit considérablement la zone
de prospection du travailleur ou du demandeur d’emploi. Cette manie de vouloir à tout prix être propriétaire a en outre un effet sur la productivité du travailleur, en le privant d’opportunités professionnelles plus épanouissantes ou, s’il accepte tout de même un travail éloigné, en le contraignant
à passer de longues heures sur la route.

Une prison dont ne veut plus la génération Z
Mais alors, pourquoi plus de personnes ne comprennent-elles pas l’intérêt de la location ? Pourquoi, même pour certains postes de rêve, les travailleurs rechignent-ils à vendre leur maison pour s’installer ailleurs ?
« Une des vérités qu’on n’avoue pas, c’est aussi qu’on ne peut déménager parce qu’on est collé avec cette maison que, dans bien des cas, on ne réussit pas à revendre, répond Jean-Marc Sylvestre dans le même article, publié sur le site d’information atlantico.fr. Dans les régions en difficulté, celles où il n’y a plus de
travail, les prix de l’immobilier se sont effondrés parce qu’il n’y a pas d’acheteurs. » Les travailleurs, même s’ils le souhaitaient, ne pourraient souvent pas revendre leur maison ou perdraient de l’argent en le faisant.
Il faudrait donc éviter de succomber à la tentation d’acheter un premier logement. La location, si elle ne permet pas, au moment de sa retraite, de bénéficier d’un logement « gratuit », offre pourtant une meilleure mobilité et, dès lors, la possibilité d’avoir un meilleur travail. Celui-ci pourrait permettre de mieux gagner sa vie et de mettre suffisamment d’argent de côté pour sa retraite, tout en bénéficiant d’une meilleure qualité de vie. Ces arguments semblent aujourd’hui être entendus par la génération Z, qui regroupe les personnes
nées après 1995. Baignées depuis toujours dans la culture du numérique, celles-ci préfèrent utiliser les nombreux supports digitaux disponibles pour partager biens et expériences, plutôt que d’acquérir leur
logement. Le sens des valeurs et la transparence accompagneraient, au sein de cette génération, le besoin de partager. Mais est-ce que ces éléments ne sont pas simplement liés à la jeunesse ? Les membres de la
génération Z ne penseront-ils pas différemment dans quelques années ? Il faudra patienter pour le vérifier.

Appartements plutôt que maisons
S’il est difficile d’évaluer quel sera le pourcentage de propriétaires et de locataires dans quelques années, l’habitat en lui-même se transforme indéniablement au Luxembourg. En effet, alors que 83,5 % des logements luxembourgeois étaient encore constitués de maisons unifamiliales en 2011, nombreux sont aujourd’hui les travailleurs à décider de s’installer dans des logements plus réduits, notamment pour éviter les encombrements de circulation. Ce n’est donc pas un hasard si  beaucoup de nouveaux projets d’immobilier résidentiel sont aujourd’hui des appartements qui, bien que relativement coûteux, se trouvent dans des « parcs » qui permettent de rejoindre facilement le centre-ville en transports en commun. Pensons par exemple au nouveau quartier de la Cloche d’Or. En cas de problème financier, ces logements, loués ou achetés, peuvent facilement être cédés à d’autres travailleurs. La propriété, qui fait plus que jamais l’objet d’une importante spéculation, a beau s’être modifiée, elle a donc encore de beaux jours devant elle au Luxembourg.